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Débat public du Conseil de sécurité - Protection des civils en période de conflit armé

Publié le mardi 19 janvier 2016

New York, le 19 janvier 2016

Intervention de S.E. Mme Sylvie Lucas, Représentant permanent du Luxembourg

 

Monsieur le Président,

Je tiens à remercier le Vice-Secrétaire général et la Vice-Présidente du Comité international de la Croix-Rouge pour leurs contributions à ce débat public important que la Présidence uruguayenne a eu l’heureuse initiative d’organiser. Je voudrais également remercier Madame Eveline Rooijmans d’Oxfam pour son intervention qui enrichit notre débat.

Le Luxembourg s’associe pleinement à la déclaration de l’Union européenne, ainsi qu’à celle de la Suisse au nom du Groupe des Amis de la Protection des Civils. Permettez-moi de souligner quelques éléments à titre national.

Monsieur le Président,

Dire que le droit international humanitaire n’est pas entièrement respecté dans la majorité des conflits armés auxquels nous sommes confrontés, c’est peu dire. La régularité avec laquelle ce droit est bafoué est un sujet de vive préoccupation. Le mépris pour la protection des populations civiles - pourtant au cœur du dispositif du droit international humanitaire - choque notre conscience. Mais les civils ne sont pas seulement privés de leur droit à être protégés. Bien pire que cela : dans les conflits qui sévissent à travers le monde, ils sont souvent délibérément pris pour cible, dans le but de semer la terreur et de forcer des populations entières à l’exode.

Depuis près de cinq ans, le conflit en Syrie montre dans toute leur cruauté les violations auxquelles peuvent être soumises les populations civiles. Celles-ci sont prises dans l’étau des forces gouvernementales, d’une part, qui n’hésitent pas à bombarder de façon indiscriminée des zones densément peuplées, des écoles et des hôpitaux; à recourir aux barils d’explosifs; à chercher à soumettre des villes assiégées par la famine, comme les images de Madaya en témoignent si douloureusement, et, de l’autre, des groupes terroristes sanguinaires comme Daech, qui sont apparus au cours du conflit et qui n’accordent aucune valeur à la vie humaine. Ce même Conseil a exigé il y a près de deux ans déjà, dans sa résolution 2139, que soient immédiatement levés tous les sièges; il a exigé qu’un accès rapide, sûr et libre soit accordé aux agences humanitaires ; il a rappelé qu’utiliser la famine contre les civils comme méthode de combat est interdite par le droit international humanitaire. Hélas, près de 400.000 Syriens vivent toujours dans des zones assiégées et plus de 4,5 millions de personnes vivent dans des zones difficiles d’accès; 13,5 millions de personnes en Syrie ont besoin d’aide humanitaire. Cela ne peut perdurer; cela ne doit perdurer ! 

Monsieur le Président,

Nous conviendrons tous que la meilleure façon de protéger les civils est encore de tout mettre en œuvre pour éviter qu’un conflit n’éclate. Il est donc primordial que le Conseil de sécurité fasse usage de tous les outils à sa disposition en termes de prévention. Une information en temps utile du Conseil de la part du Secrétaire général, des Conseillers spéciaux pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger, du Haut-Commissaire aux droits de l’homme voire de la Représentante spéciale pour les enfants et les conflits armés ou de sa collègue chargée des violences sexuelles en période de conflit, en ligne avec l’article 99 de la Charte et l’initiative « Les droits humains avant tout », a toute son importance dans ce contexte.

Autre élément clef : l’amélioration constante des opérations de paix. Nous espérons que l’examen initié par le Secrétaire général contribuera à renforcer les capacités des missions des Nations Unies, dont le rôle dans la protection des civils est crucial. En parallèle, la politique de tolérance zéro doit être poursuivie. Les pays contributeurs de troupes ont leur rôle à jouer en s’assurant que leurs effectifs comprennent leur responsabilité en matière de protection des civils et soient correctement formés à cette tâche. Nous saluons dans ce contexte les principes de Kigali établis en mai 2015.

Enfin, comme nous avons pu le dire à plus d’une reprise dans cette salle : il faut traduire en justice ceux qui se sont rendus coupables des pires crimes à l’encontre des civils. La lutte contre l’impunité doit être au centre de nos préoccupations afin de redresser les torts passés et de prévenir les atrocités à l’avenir.

Monsieur le Président,

Le premier Sommet humanitaire mondial qui se tiendra au mois de mai prochain à Istanbul sera l’occasion de réaffirmer notre attachement au droit international humanitaire et de contribuer ainsi à renforcer la protection des civils. Sachons la saisir.

 

Je vous remercie.

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